La crise sanitaire est exceptionnelle et sans précédent dans notre pays. Les acteurs du BTP & de l’immobilier ne comprennent pas les décisions prises. Le secteur est dans le flou total face aux consignes contradictoires du gouvernement.

 

Un secteur avec une majorité de ‘petits’ acteurs.

Rappelons que le secteur du BTP représente 180 milliards d’activités (soit 15 milliards € par mois !), 700 000 entreprises qui emploient près de 2 millions de salariés. Sans parler des acteurs indirects comme les négoces, industriels, intérims…

90% des salariés travaillent quotidiennement sur un chantier et 90% des entreprises ont moins de 10 salariés.

Que cela soit d’un point de vue sanitaire ou économique, ce secteur mérite une attention toute particulière.

Aujourd’hui, l’ensemble des acteurs sont dans l’attente. Ils sont soit dans une impasse soit dans une situation de prise de risque maximum pour leurs entreprises et leurs employés.

Fermer des bureaux, des sièges et demander à ces salariés de faire du télétravail, c’est faisable.

Mais organiser des réunions de chantier à distance et sans contact cela devient aberrant voire méprisant pour les 90% salariés qui sont obligés d’être sur le chantier.


Voir l’article : “Les chantiers ne sont pas réalisés par des robots”


Respecter les consignes d’éloignement sur un chantier / Covid19.

Il est IMPOSSIBLE pour un chantier de faire respecter les consignes d’éloignement contre le Covid19 (coronavirus).

Devons-nous rappeler les préconisations de ne pas être seul sur un poste de travail voire même son interdiction selon le code du travail pour certains corps de métier (électricien HT, travaux en hauteur, manœuvre d’engins, ascenseur, …).

Comment les compagnons doivent-ils faire pour déjeuner ? Pour se changer ? Pour transporter du matériel ‘lourd’ ? Pour se transmettre des outils ou des consignes… ?

Il faut insister, il est IMPOSSIBLE d’appliquer sur un chantier l’ensemble des préconisations contre le Covid19 (coronavirus) pour permettre aux compagnons de travailler en toute sécurité.

Sur le site de l’OPPBTP, il est dit : « si les conditions de prévention adaptées ne peuvent pas être garanties, l’OPPBTP recommande l’arrêt de chantier ». C’est très clair pour l’ensemble des acteurs.

 

Que dit le gouvernement !

D’après une note datée du 17 mars 2020, diffusée auprès des préfets, signée par le ministre de l’Intérieur“il est bien évidemment admis que les personnes qui exercent une activité qui les oblige à se déplacer (les livreurs par exemple) ou à travailler en extérieur (chantiers de bâtiment et des travaux publics notamment) doivent la poursuivre”. On apprend également que les entreprises du bâtiment n’auraient pas le droit aux chômages partiels.

La ministre du travail aujourd’hui fait la leçon aux entreprises du BTP : “Les entreprises qui sans avoir discuté et réfléchi avec leurs équipes, se retirent, sont défaitistes.” Puis elle précise : « J’en appelle au civisme des entreprises”, et assurant être “scandalisée” de voir la CAPEB inciter, ses adhérents à ne pas aller travailler. “Les entreprises qui se disent que l’État paiera et qu’elles n’ont pas à travailler ne sont pas dans une attitude de civisme.”

Et de rajouter : “On nous explique qu’il est impossible d’y travailler parce que l’on monte à deux dans une camionnette et qu’il y est impossible d’y respecter la distance sanitaire minimale : mais pourquoi pas prendre deux voitures pour se déplacer ?

 

Le chantier ne se passe pas dans une camionnette !

Le secteur de la construction déploie énormément de moyens dans la mise en place de mode opératoire et de préventions, pour permettre à ces effectifs de travailler en toute sécurité.

La mise en sécurité du personnel est un enjeu quotidien pour l’ensemble des acteurs. C’est un des secteurs les plus contrôlé par les organes de contrôle et de prévention (SPS, CRAM, Inspection du travail…)

Aujourd’hui tous les spécialistes et les experts du secteur le disent clairement, il est impossible de respecter les règles d’éloignement sur un chantier.

Soyez cohérent et Écoutons-les !

 

La situation devient ingérable !

Le manque de clarté des directives et décisions du gouvernement fait qu’aujourd’hui l’ensemble des acteurs ne savent plus quoi faire :

  • Des négoces et des fournisseurs décident de fermer, sans eux les chantiers s’arrêtent.
  • Des maîtres d’ouvrages qui ferment leurs bureaux de vente et leurs sièges tout en poursuivant leurs chantiers.
  • Des promoteurs qui décident d’arrêter leurs chantiers en prenant le risque des recours acquéreurs.
  • Des entreprises générales continuent leurs chantiers car la livraison est proche.
  • Des entreprises de travaux qui décident d’arrêter de leurs propres chefs sans aucune garantie et sous la menace.
  • Des entreprises qui veulent absolument continuer pour sauver leurs trésoreries.
  • Des compagnons qui appliquent le ‘droit de retrait’ car ils ne se sentent pas en sécurité sur les chantiers suite aux déclarations gouvernementales.
  • Les fédérations et les syndicats demandent l’arrêt des chantiers par le gouvernement qui opposa une fin de non-recevoir.

Cela devient une vraie cacophonie, mais surtout ingérable pour tous les acteurs. Malgré la situation sanitaire terrible du pays, des enjeux financiers importants sont en jeu et leurs principaux acteurs que sont les compagnons sont abandonnés.

 

Impossible d’arrêter un chantier !

Qui va payer les intérêts intercalaires des acquéreurs d’appartements ou les pertes d’exploitation des ouvrages en attente de livraison ?

Qui va payer les pénalités de retard appliquées par les maîtres d’ouvrage aux entreprises ?

Qui va payer la perte d’activité et les trous de trésoreries des entreprises de travaux ?

Qui va payer le gardiennage et la sécurité ?

Qui va payer les dégradations et les vols durant la fermeture des chantiers ?

Un chantier est très difficile à arrêter et cela ne peut se faire sans répercussions majeures. C’est pourquoi il faut absolument une décision gouvernementale pour clôturer les chantiers et donner la marche à suivre pour tous les acteurs.

Après cette crise, des pertes financières considérables sont à prévoir, des contentieux interminables sont à prévoir, avec des entreprises qui lutteront pour leurs survies.

Depuis lundi et les premiers arrêts de chantiers, les avocats, les juristes et les dirigeants des maitrises d’ouvrage, des grandes entreprises générales et entreprises de travaux sont en ébullition pour savoir :

  • Qui a donné l’ordre d’arrêter le chantier ? (MOA, EG, entreprise de travaux ou sous-traitant)
  • Sommes-nous dans un cas de force majeure ?

Le seul moyen d’arrêter cette hécatombe, c’est des décisions fortes du gouvernement pour le secteur et de fermer les chantiers non-vitaux qui n’altèrent pas le bon fonctionnement du pays (sauf les interventions d’urgence et de maintenance nécessaires)

 

L’État arrête ces chantiers !

L’État en tant que Maitre d’Ouvrage sur ces chantiers a déjà considéré qu’ils étaient dans une situation d’exception (Covid19). En conséquence, pour tous les marchés publics d’État, les pénalités de retards ne seront pas appliquées.

Dans ce contexte, et pour ne pas pénaliser les entreprises se trouvant dans l’impossibilité d’achever leurs travaux prévus, l’État a reconnu le Coronavirus (Covid19) comme un « cas de force majeure pour ses marchés publics ». L’État en tant que Maitre d’Ouvrage sur ces chantiers peut arrêter ces chantiers en invoquant cette raison.

Si des chantiers comme le Grand Paris Express et Notre Dame ont été arrêtés par le MOA qu’est l’État. Pourquoi ne pas faire de même pour les autres chantiers ?!

 

Une décision s’impose ! pour protéger nos entreprises contre le Covid19

Pendant ce temps d’inaction en faveur du secteur et de bataille contractuelle, ceux sont les 90% salariés du secteur présent sur le chantier et les 90% d’entreprises de moins de 10 salariés, qui en payeront le prix fort, soit par la transmission du virus, soit par la perte de leurs emplois ou de leurs activités.

Mesdames et Messieurs du gouvernement, ne laissez pas la situation se putréfier devant vos yeux, car personne ne sortira gagnant de cette situation.

Demain sera un autre jour, en espérant que le facteur économique ne prenne pas le pas sur la santé de chacun.

Prenez soin de vous et de vos proches.